Amitié franco-allemande

J’aime le cinéma, même si je ne fréquente plus les salles obscures que de très loin, préférant une bonne soirée vidéo à la maison. Le coût exorbitant des places y est pour beaucoup, avec souvent la déception à l’arrivée, et « l’envie » de suivre mon « envie »… 🙂

C’est vrai, j’aime les films d’autrefois, les Renoir, les Hitchcock, les Capra ou les Truffaut. Je Frantz 3goûte les récits simples et complexes, intimistes et sociétaux de Sautet ou de Téchiné, lyriques et violents de Scorsese ou d’Eastwood (quand il ne parle pas de politique, il filme très bien… 🙂 )

Peu de femmes, certes, mais elles sont si peu nombreuses à nous réjouir de leurs talents cinématographiques… Varda, évidemment, Fontaine également, dont l’univers décalé me séduit souvent.

Et puis, il y a Ozon.

Je l’ai découvert avec Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, film âpre et dérangeant. Puis il y eut parmi les meilleurs Sous le sable et Swimming-pool, Jeune et jolie et La nouvelle amie, et mon préféré, Huit Femmes.

Il était donc naturel que je regarde Frantz, son nouvel opus, même si le rôle masculin y est joué par Pierre Niney, que j’ai précédemment vu dans Un homme idéal, et dont je n’avais guère apprécié l’interprétation pseudo fiévreuse, mais peut-être, m’étais-je dit à l’époque, le metteur en scène n’a-t-il pas su le diriger.

Manque de bol, l’acteur remet ça dans Frantz… 😦

Synopsis :

« En Allemagne, après l’armistice de 1918. Tous les jours, Anna va fleurir la tombe de Frantz, son fiancé mort dans les tranchées de la Somme. C’est alors qu’elle surprend Adrien, un jeune Français venu se recueillir. Il finit par se présenter et dit à la jeune femme qu’il était ami avec Frantz. D’abord réticents à le recevoir chez eux, les parents de Frantz l’invitent à dîner et finissent par apprécier la présence du jeune homme, qui apaise leur peine en racontant ses souvenirs avec leur fils. Pendant ce temps, Kreutz, un nationaliste qui voudrait épouser Anna, voit d’un mauvais œil l’arrivée de cet ancien ennemi. D’autant que l’amitié entre Anna et Adrien devient de plus en plus profonde… »

Si Frantz a un gros faible pour la culture française, j’en ai un pour la Germanique, notamment en ce qui concerne la musique.

Nous sommes donc en 1919, juste après cette guerre terrifiante qui vit la mort de millions de jeunes hommes, souvent à peine sortis de l’adolescence, sacrifiés sur le champ de la bêtise de leurs aînés. Mes deux grands-pères vécurent cette horreur, l’un si jeune dans la boue des tranchées, l’autre militaire de carrière en tant que pilote et gradé. Ils en sont revenus, sans doute avec leurs traumatismes et leurs cauchemars. Le premier, le seul que j’ai connu, ne nous en a jamais parlé. Trou noir et abominable dans sa mémoire d’humaniste.

Frantz 3Revenons à Frantz. C’est l’histoire d’un homme qui se fait passer pour ce qu’il n’est pas. Adrien, un fils de grand bourgeois français a tué Frantz sur le front. Il l’a tout bonnement assassiné, lors d’un face à face inattendu dans une tranchée, et même si l’Allemand ne le menaçait d’aucune façon. Traumatisé par le remords, il va s’insinuer dans la vie des parents et de la fiancée de Frantz, jouer le jeu de l’ami français d’avant-guerre, du temps où Frantz étudiait à Paris, heureux, insouciant, amoureux. Les parents renaissent en écoutant ses paroles qui évoquent le bonheur enfui de leur fils unique, dont on apprend qu’il fut pacifiste et que c’est son père qui l’a poussé à s’engager, père qui ne se remet pas de son trépas.

Anna la fiancée, l’accueille d’abord comme un ami, puis rapidement, chevauchant le souvenir de Frantz, le visage d’Adrien se fait plus précis. Elle se prend à rêver qu’une autre vie, un nouvel avenir est sans doute possible. Jusqu’au soir où Adrien lui révèle la vérité, comme s’il lui balançait un seau d’eau souillée en pleine figure. Il a tué Frantz qui ne le menaçait en rien. Et puis, il retourne en France dès le lendemain, veule, égoïste, affligeant de lâcheté.

C’est au tour d’Anna de partir à sa recherche et de découvrir la vacuité de cet homme. Soumis aux désirs de sa mère, il va épouser une jeune fille de sa condition, qu’il n’aime guère, mais dont il comprend qu’elle va le rassurer et le structurer comme sa mère l’a fait jusqu’à présent. La fin positive du film nous montre une Anna qui, au contraire d’Adrien, s’est délivrée de ses fantômes, de ses obligations filiales envers les parents de Frantz, et qui prend pleinement son destin en main, en femme libre et responsable.

C’est Anna la véritable héroïne du film, et non Frantz ou Adrien, hommes de peu de consistance parce que soumis à leur condition de fils. Le premier part faire ses études en France où il mène une vie plus dissolue que celle racontée dans ses lettres à sa famille. Le second obéit aux codes de sa classe sociale, perpétuellement dans la fuite, la soumission, la trahison.

Je ne connais pas l’actrice qui interprète Anna. Son nom est Paula Beer. Elle est étonnante de justesse, de naturel et de pudeur. En face d’elle, les simagrées et les excès de Niney, tout en regards fixes, en mimiques faussement fiévreuses et en gesticulation, m’ont réellement agacée. Je sais que la critique connaît un véritable engouement pour cet acteur. Personnellement, je le trouve un poil caricatural, surtout dans ce film où tous les autres interprètes montrent une incarnation assez saisissante, même lorsqu’il s’agit de petits rôles comme la fiancée d’Adrien, juste et touchante à défendre son bonheur à venir, ou Cyrielle Clair, perdue de vue depuis longtemps et parfaite en mère couveuse.

Le film recèle de nombreux atouts. L’image captée en noir et blanc, sauf les parties consacrées aux vrais et faux souvenirs d’Adrien lorsqu’il parle de Frantz et aux rêves d’Anna, en est un. La caméra d’Ozon caresse plus qu’elle ne filme ses personnages et ses situations. Il nous raconte aussi en filigrane l’autre histoire qu’il aurait pu préférer nous montrer, celle d’une amitié amoureuse entre Frantz et Adrien, s’ils s’étaient connus durant les années d’avant-guerre à Paris.

Bref, un très bon opus d’Ozon, et un hymne à l’amitié franco-allemande, donc à l’amitié de tous les peuples, ce qui est plutôt agréable à voir en ces temps de haine et de méfiance.

Frantz 2

 

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