Maupassant, encore et toujours.

Parce que j’ai une véritable passion pour la littérature du dix-neuvième siècle, j’ai démarré avec le début de l’année une relecture exhaustive des œuvres de Maupassant. Cet auteur est un incomparable sorcier en ce qui concerne des champs essentiels de l’écriture : description fine et précise des paysages et des atmosphères, peinture choisie et acerbe des personnages, construction rigoureuse et originale des récits, lesquels le plus souvent peuvent paraître insignifiants et vieillots, mais qui, par leur fausse simplicité même n’en deviennent que plus mordants et séduisants aux lecteurs que nous sommes.

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Je ne vais pas ici évoquer les nouvelles, dont Maupassant est sans conteste le véritable expert, maîtrisant à la perfection l’art de construire une histoire en quelques pages, sans jamais passer à côté de l’essentiel et en parvenant à nous tenir en haleine malgré la fugacité du propos.

Je viens d’achever Mont-Oriol, œuvre apparemment mineure à côté des fameux Une vie et surtout Bel-Ami.

Que raconte ce roman ?

4ème de couv.

« Comment à force de bluff, de supposés miracles et de faux certificats délivrés par des médecins complaisants on parvient à fabriquer une ville d’eaux et à lotir au plus haut prix un paysage entier en exploitant la crédulité des uns et en s’appuyant sur la malhonnêteté des autres. Le conflit de la bourgeoisie locale, du propriétaire paysan âpre et rusé et de la banque, de l’affairisme parisien. Un des plus acerbes portraits du corps médical que l’on ait jamais faits et une histoire sentimentale peut-être plus cruelle encore. En démontant les rouages de la spéculation foncière, en analysant le mécanisme de la concentration capitaliste à la fin du siècle dernier, Maupassant a écrit, avec Mont-Oriol, le plus moderne de ses romans. »

Tout est dit !

Nous avons en un rapide récit la peinture cynique et clairvoyante d’une société aux prises avec les stratagèmes capitalistes, les conflits de classe et les relations humaines.

Il n’y a pas de véritable héros dans Mont-Oriol. Le livre se concentre d’abord sur une aventure amoureuse. Christiane Andermatt, née de Ravenel, s’éprend peu à peu d’un ami de son frère, Paul Brétigny. Celui-ci se prend pour un passionné et multiplie de ridicules pseudo-ardeurs pour séduire l’épouse quelque peu négligée par son pataud de mari, financier et donc, comme de bien entendu, juif. Cette femme, assez naïve et inculte, élevée comme l’héritière qui doit faire fructifier la rente et le capital, découvre ainsi le véritable amour.

C’est sans doute le seul personnage pur. Délaissée à la moitié du roman par le séducteur qui ne supporte pas la vue de la femme vénérée réduite au rôle de génitrice, et ce même si l’enfant à venir est le fruit de leurs amours coupables, Christiane se résout à être abandonnée pour une jeune vierge et décide de se vouer à l’éducation de sa fille, dont elle dénie la paternité à son procréateur.

En parallèle de ce qui peut apparaître comme une bluette, Maupassant nous dépeint tous les travers de la société française de l’époque, finalement pas si éloignée de la nôtre. Nous rencontrons l’inévitable financier, capable de saisir toutes leGuy de Maupassants occasions de placements. Ce protagoniste a pour lui d’être naïf dans sa vie privée et de ne pas être qu’un pur investisseur. Contrairement au personnage principal de L’Argent de Zola, roman qui paraîtra cinq ans après Mont-Oriol, Will Andermatt est un homme d’action, un entrepreneur qui « met les mains dans le cambouis », qui donne de son temps et de son énergie pour vendre et construire son projet, même si celui est pour le moins frauduleux.

Les autres personnages pourraient paraître tout aussi caricaturaux, si les témoignages et travaux d’historiens ne venaient cautionner leur manière d’être et de penser. Il y a l’aristocrate « fin de race », oisif et désargenté, qui dépense pourtant sans compter, accepte les prêts de son beau-frère israélite sans jamais envisager de les rembourser. Bien évidemment, il méprise le juif et ses méthodes, se croit au-dessus de lui du fait de sa naissance aristocratique, avant de devoir épouser l’une des deux filles du paysan enrichi pour assurer ses arrières financiers. L’amour n’a rien à voir là-dedans. La preuve ? Il préfère d’abord la cadette, puis apprenant que l’aînée sera mieux dotée, change sans état d’âme son fusil d’épaule, et de promise dans la foulée. Bien sûr, il a prévu de reprendre sa vie de débauché dès les noces consommées.

Il y a les médecins, charlatans patentés, qui prétendent trouver dans les eaux des sources découvertes à Mont-Oriol des vertus insoupçonnées. L’argent et la notoriété que leur fait miroiter Andermatt participent à leur engouement à vanter des mérites inexistants. Ces médecins sont avant tout de la gent des Diafoirus peints trois siècles auparavant par Molière.

Enfin, n’oublions pas le paysan enrichi, travailleur et cupide, manipulateur et fourbe, avide de tromper son monde pour valoriser ses biens, prêt à « vendre » ses filles au plus offrant et à sacrifier ses terres pour amasser davantage d’or. Il n’est pas Normand, car l’Auvergne était une région plus crédible pour y situer le récit, mais qu’importe ?

De ce roman que d’aucuns pourraient juger conventionnel et classique surgit une satire exceptionnelle, à la fois féroce et jubilatoire, amoureuse et financière, dont les multiples facettes se renvoient inexorablement la balle : milieu médical, condition féminine, univers de l’argent et de la spéculation, apriorismes religieux, peinture sociale.

Tout un programme ! Bonne lecture !

mont-oriol

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