On prend les mêmes…

Parce que Henning Mankell me manque déjà, bien que disparu voilà seulement un peu plus d’un an, lorsque j’ai vu chez ma libraire sarzeautine le livre Les bottes suédoises, je me suis empressée dehenning-mankell vouloir l’acheter. Mais ladite libraire, qui m’en a chanté les louanges, m’a conseillée de lire d’abord Les chaussures italiennes. Ce que j’ai fait ce début de week-end, un peu bloquée dans mon chez-moi par la première tempête de l’automne ! Sur la couverture de celui-ci, « on » me dit clairement qu’il s’agit du chef-d’œuvre de Mankell… Jusqu’au prochain manuscrit découvert par hasard dans un carton ? Coup de communication, marketing envahissant qui prétend me dire ce que je dois penser…M’énerve !

De tout cela, me reste un goût de mitigé, que j’ai envie de partager avec vous. Les livres qui m’enchantent, m’emportent, me transportent même, sont de plus en plus rares, je l’admets. Est-ce une forme de lassitude ? Un trop plein de lectures depuis que je me suis plongée seule comme une grande dans mon premier Oui-Oui ? Je l’ignore. Mais souvent, là où les autres lecteurs tressent des couronnes de laurier, je demeure perplexe. Je remarque que cela vaut aussi pour les films dont on me parle avec enthousiasme et qui m’apparaissent… Bof…

Cela a été le cas pour cet opus de mon ami Henning.

Nous retrouvons ses « incontournables » : la solitude et la triste banalité de la vie, la peur inextinguible de la mort, les paysages suédois à la fois magnifiques et terrifiants, les personnages extravagants et libres, bref, des éléments qui a priori ont tout pour me séduire.

4ème de couv. pour vous brosser le contexte :

laponie« Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. À soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L’intrusion d’Harriet, l’amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu’il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. »

Je vous préviens tout de suite qu’il va falloir dépasser quelques apriorismes banalement humains. Dès le départ, une sexagénaire en phase terminale de cancer peut marcher sur un lac gelé avec un déambulateur… De même, quelques chapitres plus loin, elle parvient à tirer un homme deux fois plus lourd qu’elle hors d’un trou d’eau glacée dans lequel il a chu… Une autre femme traîne avec des talons aiguilles dans la neige, vêtue d’un mince peignoir. Alors, je sais, les Suédois en particulier et les Scandinaves en général sont accoutumés au froid… J’ai été vraiment gelée pour eux au coin de mon feu… 😀

Le récit démarre donc dans une île presque totalement isolée du reste du monde. Presque seulement puisque le facteur y passe quand même chaque jour… Pas très rentable, tout ça ! 😉 Un ancien chirurgien y vit reclus avec ses deux vieilles bestioles, de type félin et canidé. Il n’y a que les nordistes pour pouvoir supporter des existences pareilles. D’autant que le héros se plonge tous les jours dans un trou d’eau glacée, histoire sans doute de se prouver qu’il n’est pas encore mort !…

Bref ! Ce sont les femmes qui vont le tirer de sa torpeur ; son ancienne amante abandonnée lâchement sans explication près de quarante ans plus tôt qui lui fait la demande de l’emmener voir un petit lac perdu dans la nature, promesse faite un peu avant qu’il la laisse tomber. La fille de celle-ci, qui adore les combats de boxe, sport qu’elle pratique assidûment, et dont on ne connaîtra jamais les moyens de subsistance. Une victime d’opération chirurgicale, superbe portrait de femme libre, qui se dévoue à sauver des adolescentes en détresse. L’une d’entre elles, d’origine étrangère, à la fois perdue, violente et désespérée.

Grâce à elles, notre Diafoirus va retrouver, ou plutôt trouver l’envie de vivre.

Car finalement, ce brave type pas très courageux ni très séduisant a loupé son existence, se détournant de tout et de tous, laissant même sa mère crever pendant près de vingt ans, seule dans sa maison de retraite. Mankell a au moins le mérite de nous fournir une véritable galerie d’antihéros. Bien sûr, après l’enfilade de regrets, de remords, de colère et de castagne, il y a de la rédemption dans l’air et la fin est porteuse d’espoir, d’amour et de filiations… Comme toujours, il n’y a dans son écriture ni effet de manche ni grandiloquence, uniquement cette sobriété à laquelle il nous a habitués. La seule très belle chose qu’il parvient à faire ressortir est l’opposition entre le côté glacial des paysages et la colère inévitable qui motive chacun des personnages, contre les autres et contre eux-mêmes le plus souvent.

Bon, et en ce qui concerne le titre, c’est vraiment anecdotique, mais très poétique. Un peu comme une incursion dans l’univers d’un Kusturica… J De là à lire les bottes suédoises… Je crois que je vais attendre la version en poche… 😀

couv. chaussures italiennes

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8 réflexions sur “On prend les mêmes…

  1. Les critiques (professionnels) ne peuvent s’empêcher d’encenser ou de vilipender. Simplement parce que c’est plus facile, plus valorisant pour eux, et médiatiquement plus marquant. (il en est de même pour tout, les nouvelles désastreuses ou les excellentes sont plus mises en exergue que les autres, infiniment plus nombreuses et révélatrices pourtant). Je crois que c’était Léautaud qui écrivait (je paraphrase de mémoire et sans doute beaucoup bien que lui). Certains m’ont traité de génie, d’autres d’écrivaillon. Je sais très bien ce que je vaux. Je suis entre les deux.

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  2. Peut-être à trop lire un auteur est-il plus difficile d’être surpris et donc ému… Je me pose les mêmes questions par rapport à certains de mes auteurs favoris. En même temps, c’est assez paradoxal. Je les achète parce que j’aime ce qu’ils font et je voudrais être surprise par de la nouveauté… Très bonne semaine Agnès 🙂

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