Genèse d’un polar…

Le 14 novembre 2015, il y a presque un an, j’étais invitée avec une autre auteure, Fabienne Thomas, par Daniel Raphalen pour participer à son émission, « Bouquins en Bretagne », sur AlterNantes FM.

Je me suis donc réveillée tôt, sachant que j’avais plus d’une heure de route pour aller jusqu’à la capitale des Ducs de Bretagne depuis ma chère presqu’île.cafetiere-thermos

À la maison, je me lève toujours en premier. Je bénéficie d’une bonne capacité à faire fonctionner mon corps, même si mes neurones sont un peu plus lents à la détente :-). Descendue dans la cuisine, mon premier geste est pour la cafetière-thermos, préparée la veille pour ne pas courir le risque de mitonner un café trop fort ou trop fade du fait de l’endormissement encore présent au réveil.

Le second geste est d’allumer la radio, toujours branchée sur France Inter dans la cuisine, du moins, quand j’y suis.

Entendre les nouvelles ce matin-là m’a très vite remis les idées en place. Le Bataclan avait été attaqué, des bars mitraillés en plein Paris, le Stade de France visé. Paris, ma ville, avait été agressée ; des Parisiens, comme le sont bon nombre de mes amis, avaient été lâchement massacrés ; des jeunes, des moins jeunes, des habitants de toute origine et de toute religion avaient été assassinés.

bataclanJe me suis retrouvée totalement tétanisée, puis bien sûr, bouleversée. Quatre à quatre dans l’escalier, je suis montée porter l’atroce nouvelle à mon compagnon. Après, j’ai vite inondé le réseau de SMS pour être rassurée sur le sort de celles et ceux que j’aime et qui auraient pu courir le risque de figurer parmi les victimes.

J’ai eu de la chance. Nos amis, les membres de notre famille habitant à Paris, allaient bien, même si certains avaient été des témoins involontaires et traumatisés des assauts.

Ce 14 novembre devait pourtant être un jour de plaisir. J’allais à Nantes, dans de meilleures conditions que Barbara, puisque je devais parler de mon dernier roman policier. Nous avions prévu ensuite de partir à la découverte de la ville. Bien sûr, nous avons fait tout cela. La plus belle parade aux attaques des extrémistes de tous bords, c’est de continuer à vivre, démocratiquement, dans notre pays laïc et républicain.

Mais le cœur n’y était vraiment pas.

Avant de démarrer l’émission, Daniel Raphalen nous a demandé, à Fabienne Thomas et moi-même, de dire quelques mots, suite à ce carnage inutile et, croyions-nous bien à tort, d’un autre siècle. Je vous mets ces quelques minutes d’expression, comme un hommage, près d’un an après l’horreur.

Puis nous sommes rentrés en Bretagne. Nos vies ont continué avec leurs joies et aussi nos peines. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler aujourd’hui.

Un auteur n’est pas coupé du monde. En tout cas, moi, à mon modeste niveau, je ne suis pas coupée du monde. Ces attentats m’ont donnée envie de mêler au roman que j’avais en gestation les sentiments, actes et réflexions d’acteurs liés de près ou de loin à ces évènements.marianne

C’est ainsi que Cul-de-sac a pris une tournure que je n’avais pas envisagée au départ. Ce qui devait être un polar presque évident dans un milieu très spécifique, celui de la chasse de têtes que je connais bien, avec une enquête criminelle agencée autour de personnages et d’un suspense allant croissant, a finalement dû se reconstruire avec une seconde histoire en parallèle : celle des survivants qui tentent de vivre malgré les haines, les rancœurs, les extrémismes.

Il y a une scène notamment, où certains protagonistes évoquent leurs origines : cela va de du Français quarteron, métissé d’arabe, de kabyle, de normand et de corse, au juif polonais et allemand, en passant par l’Allemande à demi bretonne et fausse cotentinaise, bref, un véritable melting-pot, auprès duquel une enfant d’émigrés algériens se sent finalement bien banale, dans l’unicité de ses origines.

Cul-de-sac, en dehors de l’enquête que le roman raconte, se veut le livre de la tolérance, de l’ouverture, de l’acceptation du prochain. Nous allons sous peu choisir nos candidats à la future élection présidentielle. Je suis toujours plus horrifiée des propos sectaires que certains véhiculent, sans avoir conscience que notre Histoire raconte les invasions, et donc la diversité dans nos racines. Nos familles se métissent de plus en plus. Les frontières s’ouvrent et à une époque où les Anglais s’imaginent pouvoir se renfermer dans leur île, eux qui ont autrefois conquis le monde, je veux croire à la diversité, à la l’égalité, à la liberté et bien sûr à la fraternité.

cul-de-sac-couv

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