1ère reco estivale !

Le livre dont je veux vous parler aujourd’hui est une très jolie fable. Elle raconte l’histoire d’un homme venu de très loin pour sauver sa fille. Celle-ci s’est perdue dans les méandres d’un pays tropValerie Hervy différent du sien, un de ces faux eldorados qui attire sans raison apparente des centaines de milliers de réfugiés et migrants de tous horizons. Cette fable évoque des destins contraires. Dans un premier temps, chacun est obligé de côtoyer l’autre, puis découvre très vite qu’il n’est pas nécessairement à l’enfer dès lors que l’on sort de ses petits schémas rassurants et égoïstes. Il suffit de reconnaître l’empreinte magique de l’amitié et de la solidarité conjuguées.

Valérie Hervy a un terrible défaut ; elle ne publie pas très souvent, et c’est dommage. En même temps, peut-être a-t-elle besoin de temps pour écrire si joliment, ce temps que chacun de nous trouve trop court sans jamais en profiter vraiment.

Bon, j’arrête ma philosophie à deux sous.

Valérie Hervy nous avait déjà donné un recueil de nouvelles, Esquisses d’Elles, qui m’avait beaucoup plu par la justesse des portraits de femmes qu’il traçait. Je vous en avais parlé dans un de mes articles. Mais cet ouvrage remontait à 2014 et j’avais très envie de lire autre chose de la dame. J’ai eu la chance de la croiser lors du Salon du Livre de Drefféac (elle est nantaise et moi, sarzeautine d’adoption) et j’ai pu constater que la femme était aussi agréable à fréquenter que l’écrivaine.

De quoi s’agit-il aujourd’hui ? 4ème de couv.

« Bojan, un paysan serbe, a dû quitter sa ferme des plaines de Vojvodine pour gagner Paris. Travaillant au noir, il survit avec une dizaine de ses compatriotes. Il est venu en France dans l’espoir de retrouver sa fille Milena, séquestrée par son compagnon dans une caravane dans la ville portuaire de Saint-Nazaire.

Pour la rejoindre, il achète et répare un vieux van trouvé dans une casse. Seulement, il a besoin d’aide et d’argent pour espérer la sauver. Pendant le braquage d’une supérette, le Serbe prend des otages qui vont l’assister dans sa fuite vers sa fille, vers l’océan. Ainsi, il emmène Germaine, une vieille dame, Isa, une étudiante un peu désœuvrée, et Simon, un jeune père avec son bébé.

De Paris à Saint-Nazaire, leurs aventures vont les sortir de la solitude et les révéler à eux-mêmes. »

Le livre se construit dans un premier temps par la présentation de chacun des protagonistes, mêlant adroitement leur vie à l’événement qui va les faire basculer dans l’aventure, d’abord de manière contrainte, ensuite totalement de leur plein gré. Puis vient la randonnée forcée à travers d’un véhicule improbable, remis au goût du jour par l’ancien maire de Nantes. Le fameux combi VW nous rappelle que la modernité et le consumérisme n’ont que très peu de charme lorsqu’on les place à côté d’objets simples et immémoriaux tels que ce véhicule. Le van devient un personnage à lui tout seul, d’abord aussi haï que son propriétaire par ses passagers forcés, puis accepté et chéri comme une preuve tangible de l’amitié qui peu à peu se met à les souder tous ensemble.

Valérie Hervy a refusé de sombrer dans le pathos ou le détail sordide. Elle a une véritable foi en l’humain, et son livre en est la preuve patente. Elle a envie que chacun de nous puisse se reconnaître dans ses personnages, leurs hésitations, leurs doutes, leurs lâchetés également, avant de se découvrir simples héros et terriblement humanistes. Bien sûr, le partage, la solidarité, l’empathie aussi et enfin l’amitié (et peut-être davantage ? 🙂 ) sont des éléments clés de ce récit en forme de parabole sur nos vies, les fausses oppositions entre les peuples. À l’heure du Brexit qui me sidère, j’aime à penser que les frontières ne séparent pas. Elles n’existent que dans la tête de fanatiques apeurés par la différence que serait obligatoirement l’autre, considéré comme un ennemi et non comme une chance inestimable.

Bojan et Miléna sont serbes. Isa, Simon, Germaine et Théo sont français, même si Simon a des origines que certains jugeraient bigarrées. Mais lequel d’entre nous peut oser prétendre que rien dans son ascendance ne sort de l’ordinaire ?

Esquisses d'ellesComme dans Esquisses d’Elles, Valérie Hervy écrit de façon extrêmement agréable. Son style est fluide, travaillé sans qu’on puisse le deviner tellement il semble naturel. La psychologie de ses personnages se construit pas à pas, et nous constatons qu’on ne peut réduire chaque homme et femme à sa seule apparence ni à ce qu’il ou elle consent à exposer de ce qu’il ou elle est réellement. Simon, Germain et Isa se révèlent à eux-mêmes, évoluent dans leurs comportements et modes de pensée, grâce à Bojan et Miléna. Valérie Hervy trouve à chaque fois le mot juste pour exprimer les sentiments et émotions qui animent ses personnages. La lecture en est d’autant plus plaisante et grande, la difficulté à lâcher l’opus. L’histoire est extrêmement bien construite. Elle se prête admirablement à cette époque estivale où chacun de nous peut prendre un peu de son temps pour plonger dans un livre, sur la plage ou ailleurs. Elle nous amène à réfléchir de manière légère même si intense à des sujets d’importance tels que l’existence fragile et déplorable des migrants et réfugiés, l’état d’esclavagisme inacceptable auquel nombre d’entre eux sont assujettis. Pour, qu’à la fin, nous nous interrogions sur l’aide que chacun d’entre nous peut leur apporter, à l’aune de ses moyens et de ses envies, comme Isa, Simon et Germaine.

En un mot comme en cent, Le van est un livre sur l’amitié entre hommes et femmes, sur la solidarité, la liberté aussi que chacun devrait avoir de vivre sa vie comme il l’entend. Mon seul regret est peut-être la fin, trop hâtive à mon sens. Est-ce dû au regret d’abandonner les personnages, ou peut-être une volonté de l’auteure de poursuivre l’histoire dans un autre roman, cette fois en Serbie ? À moins qu’elle n’ait eu envie que chacun de nous, lectrices et lecteurs la continuent au gré de notre inspiration.

Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement Le Van… et attends déjà le prochain opus de Valérie Hervy !

https://valeriehervy.wordpress.com/

couv le van

 

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5 réflexions sur “1ère reco estivale !

  1. A reblogué ceci sur Valérie Hervyet a ajouté:
    Je vous invite à découvrir une chronique du Van .
    Retrouvez cet avis sur le blog de l’auteur de romans policiers Agnès Boucher :
    Opus : Tuez n’est pas jouer, Méfiez-vous des contrefaçons, Elle veut toute la place. ….
    Juste : merci Agnès .

    Aimé par 1 personne

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