Mon ami Maupassant

En vidant la bibliothèque de ma mère, je découvre quelques véritables petits trésors. Je vous ai déjà parlé des Simenon, je viens de mettre la main sur une biographie de Guy de Maupassant par Henri Troyat.

Pour bon nombre de lecteurs aujourd’hui, le nom d’Henri Troyat ne doit pas dire grand-chose. Pourtant, il a été un auteur Guy de Maupassantprolifique de la seconde moitié du vingtième siècle. Je me souviens des sagas passionnantes qu’adolescente, je dévorais l’été dans ma chaise longue : Les Semailles et les Moissons ; Tant que la terre durera ; La Lumière des Justes ; Les Eygletières, etc. Ses ascendances russes l’ont également amené à produire des biographies de tsars, auteurs russes et français. En fait, quand on va consulter sa page Wikipédia, on est assez bluffé par son côté prolifique.

Je reviens à Guitou. Maupassant fait partie de mon Panthéon personnel. Il y fréquente des talents extrêmement variés, et j’ai réalisé récemment que nombre d’entre eux ont vécu au dix-neuvième siècle, voire au début du vingtième. J’avoue une tendance un poil nostalgique.

Que voulez-vous ? Le travail des écrivains de ce « temps-là » révèle une « consistance » que peu d’auteurs reconnus aujourd’hui (je ne parle pas des tâcherons dans mon genre…) possèdent. Le style, la richesse du vocabulaire, la profondeur des sentiments, la puissance des personnalités m’apparaissent constamment comme supérieurs de plusieurs crans à ce dont nos nombrilistes nationaux (voire étrangers) nous abreuvent sans complexe.

4ème de couv, comme ça, en passant…

« Vingt-sept livres publiés en dix ans. Une vie de météore, brève, fulgurante, partagée entre la débauche, le sport et l’écriture. Où faut-il chercher le vrai Maupassant ? Dans le petit fonctionnaire qui raille férocement ses collègues de bureau, écoute avec dévotion les conseils de son maître Flaubert et passe ses dimanches à canoter sur la Seine et à trousser les filles ? Dans l’auteur en vogue qui collectionne les gros tirages, organise des orgies burlesques, barre superbement son yacht sous le soleil de la Méditerranée et court des putains aux femmes du monde avec un égal appétit ? Dans l’artiste de génie, enfin, solitaire et secret, souffrant d’un mal incurable et qui lutte désespérément pour achever son œuvre ? Multiple et insaisissable, aussi fier de ses muscles saillants que de sa plume féconde, de sa rudesse terrienne que de ses succès de salon, de ses débordements sexuels que de son refus des honneurs, Maupassant réunit tous ces hommes en un seul, et les contradictions de sa nature donnent à ses écrits un accent à la fois cynique et tendre, poétique et violent qui assure leur pérennité à travers les générations et les modes.« 

Maupassant, c’est évidemment le lien entre Flaubert et Zola, excusez du peu. Ses romans, comme ses nouvelles, plongent le lecteur dans une réalité sociale et psychologique absolument bouleversante. Le style, à la fois flamboyant et profondément humaniste, révèle un pessimisme crasse et une empathie incroyable envers chacun des personnages, même les plus méprisables. Les œuvres de Maupassant, comme celles de Zola ou de Colette, figurent parmi celles que je peux reprendre plusieurs fois, sans jamais m’en lasser. Je retrouve ainsi de vieux compagnons fidèles et  découvre aussi à chaque passage des aspects oubliés ou ignorés lors des précédentes lectures.

La vie de Maupassant, de sa Normandie natale à Paris et l’Afrique, a ceci d’incroyable qu’elle est resserrée sur une dizaine d’années en tant qu’auteur. Car il l’a réellement brûlée par tous les bouts. Cet homme, misogyne et presque misanthrope, a voulu tout essayer et vivre au maximum au fur et à mesure que le succès lui apportait gloire et fortune, jusqu’à la folie de ses derniers mois. Pressentait-il sa fin précoce, à même pas 43 ans ?

Farouchement indépendant, il se refusait d’appartenir à aucun groupe ni recevoir de décoration afin de préserver sa totale liberté de pensée. Fortement marqué par la défaite de 1870, le sexe et les femmes ont également occupé une place primordiale dans son existence, et tout autant dans ses livres. Flaubert avoua même à Tourgueniev sa « peur qu’il ne finisse par s’en aller en sperme ». 😀

Une autre des caractéristiques de Maupassant est son talent exceptionnel pour l’art de la nouvelle, considéré par trop de lecteurs comme un genre mineur lorsque toute la tension et l’intérêt d’un récit se trouvent condensés en quelques pages. Je vous conseille vivement de (re)visiter Mademoiselle Fifi, Boule de Suif, La Maison Tellier et autre Horla pour comprendre ce talent exceptionnel. Et même si ses romans, Une Vie, Bel-Ami, Mont-Horiol, rivalisent avec ceux des plus grands, Maupassant n’apparaît jamais meilleur que lorsqu’il s’adonne à ce format si subtil.

Vous savez quoi ? Avec cette biographie, en forme de roman, pleine de suspense et de rebondissements, j’ai retrouvé l’envie de relire Maupassant. Je l’alternerai avec Simenon, et quelques autres contemporains, c’est promis !

Maupassant Troyat

 

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2 réflexions sur “Mon ami Maupassant

  1. ça me donne vraiment envie de lire cette autobiographie ! J’adore Maupassant, j’ai été limite traumatisée par « Une vie » dans mon adolescence, en dire autant en si peu de mots, le désespoir tranquille d’une vie gâchée, laminée… Ah, je vais ressortir mes classiques ! ^-^ Merci Agnès !

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  2. Je viens justement de visiter la maison de Maurice Leblanc, très inspiré par Maupassant (et Flaubert). Ton article est un signe de plus : relire d’urgence ses nouvelles ! Merci pour ce billet très inspirant 🙂

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