Prochaine sortie de Dia Linn V, interview de Marie-Pierre Bardou !

Marie-Pierre Bardou est auteure aux Editions Hélène Jacob, dont elle est une « valeur sûre », avecmpi avril 2014 pas mal d’excellents titres à son actif. Elle travaille depuis quelques temps sur une saga historico-familiale dont le titre global est Dia Linn, et qui a des allures de roman policier, western, peinture sociale, selon l’angle de lecture que l’on choisit. On peut les prendre tous, d’ailleurs.

Le cinquième tome de Dia Linn sort dans une semaine. Cela m’a semblé une excellente occasion d’interviewer Marie-Pierre…

J’ai tendance à penser que comme pour la course, chez les auteurs il y a les sprinters et les coureurs de fond. J’ai la sensation que tu appartiens à la seconde catégorie. Est-ce que je me trompe ?

Marie-Pierre Bardou : C’est un peu ça, oui ! 🙂 Disons que quand on s’engage sur un rythme d’un roman tous les 6 mois, il faut tenir la distance. Mais ce qui est top de chez top, c’est que plus j’écris… plus j’ai envie d’écrire !

Après deux romans « autonomes » – j’y reviendrai plus tard – tu as entrepris d’écrire une série de plusieurs volumes consacrée à l’histoire d’une famille irlandaise, émigrée aux États-Unis lors de la Grande famine qui sévit en Irlande au milieu du 19ème siècle, et qui traverse ensuite les événements de la Guerre de Sécession, puis la conquête de l’Ouest, etc. D’où t’est venue l’idée d’écrire sur cette période et ces faits ?

Bundle-Dia-Linn-1-3-Marie-Pierre : En fait, c’est un peu le hasard. J’avais besoin d’un challenge sur du long terme, et j’ai toujours adoré les sagas familiales et l’histoire en général. J’ai donc fait d’une pierre, deux coups :-D. Pour l’Irlande, je suis fascinée par les Celtes et je crois que j’ai été une enfant de Dana dans une vie antérieure ! Et pour les USA, j’ai une véritable attirance/répulsion pour leur histoire épique, j’avais envie de creuser, de découvrir des aspects qui puissent expliquer la mentalité américaine si particulière. Je comprends mieux certaines choses, à présent – leur goût pour l’auto-défense et le port des armes, leur véritable terreur du communisme… nous sommes tous les héritiers d’une histoire commune, en plus de celle de notre famille, et ça nous façonne.

Ma connaissance de l’esclavage et de la Guerre de Sécession se limitait, je le reconnais fort humblement, sur un plan littéraire, à Autant en emporte le vent… Ta lecture est autrement plus réaliste, et nécessairement cruelle, très proche de Django Unchained de Tarantino dans son absence de concession. De quelle manière te documentes-tu, car tu abordes des champs extrêmement variés ? Quelles sont tes sources ?

Marie-Pierre : Mais j’adore Autant en Emporte le vent ! C’est seulement un peu manichéen…Autant En Emporte Le Vent Je suis devenue la reine des recherches internet, je traque les romans traitant sur un sujet en particulier, surtout des personnages historiques (connus ou non) et je lis, je lis, je lis… Bon, heureusement que j’aime lire ! 🙂 Je n’utilise au final qu’un dixième de ce que je découvre, mais c’est passionnant (pour ma culture perso !). Et j’ai eu la chance de tomber sur des perles : le journal d’une jeune fille de l’aristocratie créole pour le personnage de Désirée, par exemple ; ou encore sur ceux des migrants de l’Ouest américain. J’ai eu la chance aussi de pouvoir exploiter des thèses universitaires très fouillées, comme sur les « Fighting Children » de la guerre de Sécession…

Comment t’organises-tu dans cette phase de recherche et de préparation ? As-tu en tête le déroulement du récit que tu veux faire où le construis-tu au fur et à mesure que tu découvres l’existence de faits historiques ?

Marie-Pierre : Quand j’ai commencé à écrire, c’était : « et le vent m’emportera »… 😀 Avec Dia Linn, je ne pouvais pas me le permettre ! Et j’ai pris goût à l’organisation un peu militaire, avec synopsis super travaillé, puis plan détaillé. J’ai toujours ma trame en tête, mais je m’autorise des écarts quand je découvre un événement historique qui colle à mon récit, ou lui donne du relief. Mais c’est toujours la trame qui prime, mon histoire, la fiction.

Je crois que ta saga recouvre huit volumes, dont le cinquième va sortir d’ici peu. As-tu construit ta trame totale dès le départ ? Et si oui, de manière précise, ou avais-tu les grandes lignes et procèdes-tu à de profondes modifications en cours d’écriture ?

Marie-Pierre : Le tome 5 va sortir mi juin, et oui, Dia Linn aura huit tomes 🙂 Tout a été pensé avant,Couv Dia Linn 5 bien sûr, mon éditeur n’aurait jamais accepté un projet pareil sans qu’il soit bien ficelé au départ. Je lui ai envoyé avant le 1er tome la trame générale des huit « épisodes », avec les époques, les personnages principaux, etc. Je peux modifier des éléments, mais pas les lignes directrices. Par exemple, le tome sept, que je suis en train d’écrire, devait se passer dans les années 80, mais j’avais une furieuse envie de me plonger dans la période hippie, celle de Woodstock, des essais nucléaires et des grandes manifestations pour les droits civiques. Je prends quand même quelques libertés avec moi-même ! 😀

Comment construis-tu la personnalité de chacun de tes personnages, sachant qu’on a vraiment l’impression en te lisant, que certains te plaisent plus que d’autres… ? Éh, éh… 😉

Marie-Pierre : Oui, c’est clair, certains me touchent et m’intéressent plus que d’autres ! (Tu as remarqué ? 😀 ). J’avoue que j’y vais « à l’instinct » sur ce coup-là, j’ai une idée générale, puis j’écris et je change au fur et à mesure si besoin. Le personnage central du tome cinq, Ryann, était tellement évident dans ma tête que je n’ai pas changé une mèche de ses cheveux ! Maav, par contre (le futur tome six) était rousse puis blonde puis grande puis fluette… son caractère aussi s’est imposé à moi, elle ne sera pas du tout ce que je voulais en faire à l’origine ! C’est ça qui est génial quand on écrit. Je garde une part d’improvisation dans mon organisation…

Je reviens à tes ouvrages précédents, notamment Antarès car je n’ai pas encore lu L’heure du tigre (Ben oui, je ne suis pas une fan « farpaite » 😉 ). Là aussi, on sent que tu t’es énormément documentée sur toutes les techniques liées à l’autosuffisance en développement durable… Alors Marie-Pierre, écolo dans l’âme ?

Marie-Pierre : Oh oui, je suis une vraie de vraie ! J’achète dans les circuits courts, j’évite au max les grandes surfaces, je trie… J’adorerais vivre comme mes personnages d’Antarès. Nous sommes tellement déconnectés de la nature que nous perdons quelque chose de précieux, je crois – un rythme, une évidence, une certaine sagesse. On crève tous de peur à l’idée de mourir, alors que c’est la chose la plus naturelle au monde, et la seule dont on soit sûr. On planque nos vieux dans des mouroirs, on essaie désespérément d’avoir l’air jeune le plus longtemps possible… Il y a quelque chose de profondément malsain là-dedans. La terre, les animaux, les saisons, tout ça nous ramène aux évidences.

Dans le même ouvrage, la vision que tu as d’une forme d’avenir de nos sociétés occidentales, notamment au travers des risques de perte de liberté, d’endoctrinement et d’abrutissement des populations, et donc d’avènement de nouvelles formes de dictatures, est clairement exprimée. Dois-je en déduire que tu t’intéresses à l’actualité internationale et aux bouleversements sociologiques, économiques et nécessairement « spirituels » pour ne pas dire religieux auxquels nous sommes confrontés ? Ta vision est-elle aussi pessimiste que ce que tu décris, ou gardes tu une petite flamme d’espoir au fond de toi… ?

Couv AntarèsMarie-Pierre : Oui, ça m’intéresse énormément ! Je suis l’actualité de près, et je ne suis pas d’un grand optimisme. Mais il y a des cycles, de grands cycles dans la vie des Hommes et ce qui me fait le plus peur, c’est que le prochain cycle ne sera sans doute pas très agréable pour notre genre ! On est trop nombreux, et quand on étudie l’histoire on se rend compte qu’à intervalles réguliers, pfffff, il y a un grand – et horrible – ménage. Oh là, je vais éviter le style « grand oracle » de suite ! 🙂 Tu auras davantage d’éléments dans le dernier tome de ma saga…

Revenons à des choses plus « gaies »… À part écrire, as-tu d’autres passions, marottes, tics et tocs ?

Marie-Pierre : Ben oui : lire ! 😀 Mais aussi faire du sport, voyager, manger (si, si, c’est une marotte !), les séries TV… et apprendre : j’ai besoin sans cesse d’apprendre des choses, c’est épuisant.

Sur ton blog, tu expliques de quelle manière tu es venue à l’écriture. J’aimerais donc que tu nous parles plutôt de ton autre activité littéraire… Celle que tu exerces au sein des Éditions Hélène Jacob. Comment l’aventure a-t-elle commencé avec cette jeune maison et pourquoi as-tu accepté ou décidé de t’y investir de façon plus conséquente ?

Marie-Pierre : Elle a commencé parce que je connais la boss depuis plus de 15 ans et qu’elle est ma meilleure amie. 🙂 Je connais aussi Seb (virtuellement) depuis longtemps, et j’aime bien raconter que je suis à l’origine de leur rencontre (toujours virtuellement) et donc de MIA ! 🙂 Ça en jette, non ? Plus sérieusement, Hélène est l’une des personnes les plus fiables que je connaisse : ça peut paraître froid comme appréciation, et bien sûr notre amitié ne se limite pas à ça ! Mais elle est d’une droiture que je n’ai jamais connue chez personne d’autre, c’est une qualité très rare. Et puis, j’avais envie de m’investir, de faire partie intégrante de l’aventure EHJ.

Euh… c’est un sacré compliment, ça ! Sinon, peux-tu, sans révéler de secrets inavouables, nous expliquer quelles sont tes missions plus précisément ?

Marie-Pierre : Je ne sais pas si je peux dévoiler de tels secrets… 😀 Mouhaha ! Bon, ça ne fait pas très sérieux, je me reprends : Donc, je suis la mère fouettard d’EHJ. C’est mon rôle d’annoncer les mauvaises nouvelles aux auteurs, soit les refus et les demandes de modifications du comité de lecture. Heureusement, j’annonce aussi les bonnes ! Pour résumer, je « chapeaute » le comité de lecture (réception des manuscrits, contrôle des prérequis, débriefe à l’équipe sur la synthèse des retours du comité, etc.) Et je m’occupe aussi de la partie « technique » du boulot éditorial d’Hélène et Gaël, en travaillant sur la mise en forme des manuscrits, et en accompagnant les auteurs pour qu’ils maîtrisent cette mise en forme. Je m’occupe également, avec Cathy, du recueil EHJ annuel ; et j’ai enfin pour mission de « coacher » certains auteurs, qui en font la demande ou qui sont en difficultés, sur divers sujets (techniques, ou de communication, ou d’organisation dans l’écriture… enfin ça peut être très varié !).

Autre originalité des EHJ, vous travaillez tous à des centaines de kilomètres les uns Logo EHJdes autres, comment vous organisez-vous ?

Marie-Pierre : Vive Skype ! En fait, ça ne change pas grand-chose, on a des réunions régulières, et on communique sinon par mail ou par tél. La distance physique n’est vraiment pas un problème.

Tu fais partie du comité de lecture. J’imagine que tu lis les manuscrits qui arrivent ? Tous, ou seulement certains d’entre eux ? Étant toi-même Auteure, est-ce difficile de rester neutre ? En venez-vous aux mains (virtuellement du moins) quand vous n’êtes pas d’accord sur un ouvrage ou un auteur ? 😀

Marie-Pierre : Bien sûr, on s’insulte à intervalles réguliers ! 🙂

Je vais répondre dans l’ordre :

Oui, je lis tous les manuscrits, parce que c’est moi qui fais la synthèse des retours et qui la détaille aux auteurs – et j’ai intérêt à savoir de quoi je parle !

Rester neutre n’est pas un problème, je change de casquette :-D. Mais c’est vrai que je mesure bien ce que représente l’écriture pour un auteur et refuser un manuscrit est souvent un crève-cœur. Mais je n’ai pas le choix, ça fait partie de mes « fonctions », j’essaie de rendre les choses moins douloureuses.

Et enfin, en cas de désaccord sur un titre, je tranche. Noooon, je rigole ! Je donne mon avis bien sûr, et j’en discute avec l’équipe : si le titre a suscité des réactions virulentes et/ou très positives, c’est plutôt bon signe ! Rien n’est pire qu’un « oui » tiède et sans réel intérêt. On en discute, et les boss décident au final.

Revenons à l’écriture. Quels sont tes projets littéraires, car je ne doute pas que tu projettes déjà dans « l’après Dia Linn » ?

Marie-Pierre : Oh oui, j’ai toujours 1000 projets en tête ! Dont un qui va se concrétiser très bientôt, en parallèle de Dia Linn : un projet d’écriture à 4 mains, avec une collègue, c’est un sacré challenge – mais tu en sauras plus très bientôt ! Sinon, je veux tester le polar : j’ai déjà fait un test avec le tome 5 justement, qui est très « ambiance polar », mais j’ai envie de me lancer vraiment, avec un bouquin unique. J’ai la trame, ne reste plus que le plan… et l’écriture ! Et après, j’ai initié un projet de Fantasy qu’il me tarde de remettre sur le métier, une trilogie… Et après, j’ai très envie de me lancer dans l’historique, mais cette fois en France, il y a de quoi faire ! Et après… oui, bon, j’arrête là ! 🙂

D’ailleurs, appréhendes-tu ce moment de « l’après Dia Linn » ? Car j’imagine que passer autant de temps avec ses personnages et son histoire crée une forme de dépendance. T’es-tu préparée au « deuil » ?

Marie-Pierre : Naaan, il n’y aura pas de deuil, j’ai trouvé la parade : je compte écrire plus tard des « annexes », des romans axés sur des personnages que je n’ai pas pu développer et qui me trottent dans la tête : par exemple Edmond, l’un de mes personnages préférés, Désirée, Jolene et Ugo, etc. Héhéhé ! Pas tout de suite bien sûr, entre d’autres projets… Mais il n’y aura peut-être jamais « d’ après-Dia Linn » ! 🙂

Merci à Marie-Pierre pour cet échange et retrouvez-la sur son blog, où vous saurez tout de son actualité !

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