Ce serait mieux si l’homme africain restait chez lui…

Fatou DiomeÀ l’heure des controverses stériles concernant les arrivées massives de migrants sur nos côtes européennes, lire le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome apparaît comme une évidence.

J’ai découvert cette auteure par la vidéo de son passage à Ce soir ou jamais, émission que je ne regarde pas, puisque je n’ai plus la télé depuis des lustres. Comme quoi, les réseaux sociaux peuvent se révéler utiles 😉 Fatou Diome évoque la condition des émigrés africains dans le monde et plus spécifiquement en Europe, résumant notamment son propos par cette phrase étonnante de vérité, « On sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble ». Elle nous donne une véritable leçon d’histoire, de géographie, se sociologie, et surtout nous renvoie face à nos hypocrisies. Depuis des siècles, l’homme occidental peut envahir le monde, ce serait mieux si l’homme africain restait chez lui… à défaut d’entrer davantage dans l’histoire, comme dirait un certain Nicolas S.

D’abord, la 4ème de couv : « Salie vit en France. Son frère, Madické, rêve de l’y rejoindre et compte sur elle. Mais comment lui expliquer la face cachée de l’immigration, lui qui voit la France comme une terre promise où réussissent les footballeurs sénégalais, où vont se réfugier ceux qui, comme Sankèle, fuient leur destin tragique ? Comment empêcher Madické et ses camarades de laisser courir leur imagination, quand l’homme de Barbès, de retour au pays, gagne en notabilité, escamote sa véritable vie d’émigré et les abreuve de récits où la France passe pour la mythique Arcadie ? Les relations entre Madické et Salie nous dévoilent l’inconfortable situation des  » venus de France « , écrasés par les attentes démesurées de ceux qui sont restés au pays et confrontés à la difficulté d’être l’autre partout. Distillant leurre et espoir, Le Ventre de l’Atlantique charrie entre l’Europe et l’Afrique des destins contrastés, saisis dans le tourbillon des sentiments contraires, suscités par l’irrésistible appel de l’Ailleurs. Car, même si lacouv le ventre de l'atlantique souffrance de ceux qui restent est indicible, il s’agit de partir, voguer, libre comme une algue de l’Atlantique. »

Dans Le Ventre de l’Atlantique, Fatou Diome raconte donc l’histoire d’une sœur et d’un frère, elle exilée en France, lui plus jeune resté au Sénégal, et qui ne rêve que de venir jouer au football dans une grande équipe française. Comment expliquer à un adolescent le sort qui l’attend s’il met le pied sur le continent européen ? Lui dire la vérité sur le sort des travailleurs émigrés, avec ou sans papier, revient à traiter de menteurs ceux qui ont tenté l’aventure et sont rentrés au pays, avec des récits imaginaires de gloire et de fortune pour ne pas perdre la face devant ceux qui n’ont pu quitter leur patrie. Ce n’est qu’en lui donnant les moyens financiers de se construire un avenir au Sénégal, que l’héroïne parvient à convaincre le jeune homme de ne pas  la rejoindre.

C’est sans doute son histoire que Fatou Diome romance fort intelligemment. Elle-même est née au Sénégal, a réussi à vaincre les tabous pour apprendre le français et étudier la littérature francophone, dans son village puis à M’bour et à Dakar où elle voulait devenir professeure. Son départ vers Paris est dû à son mariage avec un Français. Divorcée, rejetée par sa belle-famille, elle restera, s’installera à Strasbourg et fera des ménages pour vivre et financer ses études.

Le ventre de l’Atlantique, loin de tout misérabilisme, raconte l’histoire à jamais recommencée du fantasme africain. Les échanges téléphoniques entre le frère et la sœur, les récits de match de football parce que la seule télé dans le village sénégalais vient de rendre l’âme, l’envoi d’argent au pays alors que l’émigrée n’en a déjà que peu pour subsister en France. Non, l’Europe n’est pas un Eldorado et penser s’intégrer en France relève du parcours du combattant. Le récit n’est que finesse et subtilités, le vocabulaire riche et chatoyant, l’humour présent à chaque page, le recul également pour analyser les deux visions du monde, l’égoïsme de l’Européen et la fausse naïveté de l’Africain.

À lire, sans hésiter.

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