Méfiez-vous… des apparences !

J’ai longtemps adoré le cinéma. Pas autant que la littérature, quand même. Le week-end, étant du genre lève-tôt, c’était pour moi facile d’aller à la séance de onze heures, moins chère que les autres, voir des films multiples et variés. Le tarif avantageux m’a sans doute poussée à en découvrir certains auxquels je n’aurais jamais consenti à assister au tarif entier.

Je ne suis pas radine. Je déteste me faire enfumer. C’est comme les livres. j’en ai assez de payer vingt eurosla grande illusion des bouquins qui me tombent des mains. Bref !

Je ne suis donc pas cinéphile, je fus un bébé cinéphage. Je ne suis  jamais sortie avant la fin d’un film, d’abord par respect pour le travail des artisans, ensuite parce que j’ai toujours été a minima sélective et que mes choix m’appartenaient, donc autant les assumer. J’ai vu quand même moult de classiques et chefs-d’œuvres que j’ai fait découvrir à ma moitié, beaucoup plus ignare que moi, dans ce domaine, s’entend ! J’ai mes incontournables, mes films cultes, avec « the » summum qu’est La grande Illusion de Jean Renoir.

Aujourd’hui, je reconnais préféré le pluzz à la salle obscure, par manque de temps, et aussi parce que le cinéma au bout de ma rue ne propose que des block-busters formatés que j’exècre par leur banalité, leur violence et leur systématisme en matière de héros et de scénario, des comédies à la française ou à l’américaine dont les bons sentiments me gonflent, ou encore des drames narcissiques et verbeux dont Les Guignols se moquaient à une époque au travers de leurs titres banals genre, « Finis ta soupe le temps que je revienne »…

Je me méfie des « films qu’il faut ab-so-lu-ment » voir… En général, ils m’ennuient… Souvenez-vous, je suis une râleuse et une « rebelle ».

Sous le SableIl y a un metteur en scène dont l’univers et le propos me plaisent particulièrement. François Ozon a su créé une œuvre à la fois multiple et unique. Quel que soit le genre abordé, il le fait avec intelligence, finesse et acuité. Je l’ai découvert avec Sous le sable, où la merveilleuse Charlotte Rampling continuait de vivre avec son mari disparu… Puis il y eut Huit femmes, qui m’incitèrent à revenir vers Gouttes d’eau sur pierres brûlantes avec un Bernard Giraudeau prodigieux de perversité, Swimming-pool, Dans la maison, Jeune et jolie, variation subtile sur les faux semblants des familles bourgeoises et des relations mère-fille, et aussi Potiche qui fut sans doute celui qui me plut le moins. Peut-être faudrait-il que je le revois…

Enfin, j’ai découvert Une nouvelle amie. Un seul mot, bluffant. Dans ce film, un homme, qui aime les femmes − laune nouvelle amie précision est capitale −, s’autorise à vivre enfin au grand jour, ce que son sexe et la société lui imposent et donc lui ont toujours interdit de vivre, à savoir sa féminité. Et cette éclosion se fait accompagnée par une femme, elle-même quelque peu rétive au départ aux signes extérieurs de la féminité, telle que cette même société la conçoit, et qui découvre la sienne au fur et à mesure que sa « nouvelle amie » se révèle et surtout s’assume. Le film ne se veut nullement une étude sociologique, ou une comédie à la Certains l’aiment chaud, voire un drame sur le travestisme. Non, le propos est centré sur notre identité à chacun, ce que nous en offrons à voir et à connaître. Comme le disait ma copine Simone, « On ne nait pas femme, on le devient ».

David/Virginia est un homme qui veut vivre sa nature profonde, et celle-ci est plus proche des schémas sociologiques féminins que masculins. Il n’est pas homosexuel. Simplement, ils sort des codes prescrits par le regard de l’autre. Claire, son double, l’accepte d’autant mieux qu’elle a sans doute toujours refoulé ses désirs intimes à l’égard de sa meilleure amie d’enfance, Laura, qui fut l’épouse de David. Au départ, Claire et David retrouvent Laura en Virginia, avant de se révéler chacun à eux-même et de se rencontrer enfin.

Duris Virginia 1Ce film poursuit le propos d’Ozon sur le refus des apparences. Car aucun de nous ne connait personne mieux que soi-même. Je suis toujours stupéfaite d’entendre autour de moi des gens dire… »Je le connais par cœur »… « Je n’aurais jamais imaginé ça d’elle », comme si les êtres que nous côtoyons  et/ou aimons nous étaient totalement transparents. En vérité, nous ignorons tout de nos parents, nos amant(e)s, nos enfants. Même ce qu’ils nous révèlent n’est pas nécessairement la vérité. La vérité de David est Virginia, sans oublier qu’il est aussi David.

Bref, méfions-nous des apparences, dépassons ce que nous voyons, le plus intéressant est ce qui nous restera à jamais caché !

PS : j’ai cherché en vain sur Google des photos de Duris en Virginia. Je n’en ai trouvé aucune… J’ai peut-être mal cherché. Je l’espère, car sinon, ce serait une forme de ségrégation insupportable ! Ah si… J’en ai finalement trouvé… Une !!!!! Celle où Claire apprend un secret de femme à Virginia… Utiliser la main gauche pour se maquiller l’œil gauche, et la main droite pour l’œil droit… 🙂 Messieurs, à vos crayons !!!

Duris Virginia 2

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8 réflexions sur “Méfiez-vous… des apparences !

  1. En voilà un article idéal en ce dimanche pluvieux. J’avais été déçue par Potiche alors, je l’avoue, j’avais boudé celui-là. Je jetterai un oeil dans les bacs pour le regarder en DVD et je fonce au cinéma ! Bon dimanche 🙂

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