Interview d’Emmanuelle Gerber, Bêta-lectrice & Professeur de Lettres

Ah ! Emmanuelle… que j’ai traumatisée avec mon premier livre aux EHJ… Il semble que tu sois une grande sensible, donc je vais faire preuve de mesure durant cette interview, promis !

Emmanuelle : Merci de me préserver Agnès. Oui je suis très sensible, je ne suis pas votre « couineuse » pour rien…

Tout d’abord, parle-nous un peu de ton rapport à la littérature ? À quand remonte ton goût pour la lecture ?

Emmanuelle GerberEmmanuelle : J’ai toujours vu ma mère lire, et dès que j’ai su lire j’ai eu le virus… Ma mère m’a toujours acheté tout ce que je demandais en lecture et pour te dire je suis de la génération « Hélène et les garçons ». Et bien je n’ai vu aucun épisode mais j’ai suivi toute la saga en livres…. Je pense que je suis un peu comme Obélix, je suis tombée dans les livres et la littérature quand j’étais petite….

As-tu des genres littéraires favoris ? Des époques ou des styles peut-être ? Des auteurs, bien sûr ?

Emmanuelle : Genres littéraires favoris, pas forcément mais je n’accroche pas trop à la poésie. Après cela dépend, en littérature classique je suis la fan number-one de Maupassant et de ses écrits sur la folie ! En littérature jeunesse, je lis de tout et apprécie plus ou moins tout ce qui se fait, je ne suis pas très difficile….

Certains livres t’ont-ils marquée et pourquoi ?

Emmanuelle : Le Horla de Maupassant, encore maintenant quand je l’étudie avec mes élèves, je sens ce frisson et ce doute qui me plaisent tant… Sinon plus récemment, Nos étoiles contraires de John Green m’a bouleversée ; c’était la première fois que je n’arrivais pas à prendre un autre livre à la suite… Après Le cycle La faille de M.I.A m’a marquée parce que cette fin qui est si ouverte me désespère, je suis quelqu’un qui croit peu en l’être humain et du coup ça me rend super triste.

As-tu des marottes ou des rituels quand tu lis ? Thé ? Chauffeuse ? Chat ? Feu de cheminée ? Couette ? Bref, te faut-il un cadre ou es-tu de celles et ceux qui peuvent lire n’importe où et n’importe quand ?

Emmanuelle : Je préfère largement lire dans mon lit et sur mon fauteuil de massage shiatsu avec mon doudou dans le coin mais sinon je lis partout, j’ai toujours un livre ou ma liseuse sur moi et dès qu’il y a 5 min je lis une ou deux pages. Mes collègues m’ont surnommée « serial-liseuse » 😀

Raconte-nous à présent comment a démarré l’aventure avec les EHJ ? Comment les as-tu découvertes ou rencontrées ? Qu’est-ce qui t’a séduite chez ce jeune éditeur ?

Emmanuelle : Ça doit remonter à deux ans et demi maintenant. Je sortais d’une très mauvaise passe,Logo EHJ j’étais plus qu’au fond du trou, j’alimentais mon blog et c’est tout. Et j’ai vu l’annonce de la BIG Boss (Hélène) qui proposait un partenariat, j’ai tenté ma chance… Et j’ai bien fait je suis vite devenue membre du Comité de Lecture parce que je lisais beaucoup et chroniquais vite… Les EHJ sont devenus quelque chose qui me tenait à cœur et qui m’a permis de me raccrocher à la vie alors que je n’y croyais plus. J’avais un rôle, même minime… Après est venue l’étape de la bêta-lecture, des conseils aux auteurs en dehors du cadre et de l’amitié virtuelle, mais quand même. Ce que j’aime chez EHJ, c’est leur sens moral, leurs valeurs : on écoute les auteurs, on les lit vraiment, on les guide et c’est une grande famille où on peut tout se dire sans jamais hésiter.

EHJ privilégie l’e-book pour différentes raisons ? Est-ce difficile pour un professeure de Lettres de « lâcher » le livre ? Quel intérêt trouves-tu à l’édition numérique ?

Emmanuelle : À l’origine, ce n’était pas vraiment mon choix. Mon homme avait peur que je l’envahisse chez ses parents avec mes livres et m’a offert une liseuse. Moi qui lis partout, qui prenais le train quatre heures par jour pour aller en cours, c’était vraiment pratique. Je n’ai pas l’impression d’avoir « lâcher » le livre car je lis toujours autant en papier, j’alterne juste. Il y a des avantages certains : pour mes pauvres yeux, le changement de police et des auteurs numériques qui valent vraiment le détour, il y a aussi des inconvénients : tout le monde s’improvise auteur numérique ! Tout ça pour dire qu’il n’y a pas, pour moi, de clan : un vrai lecteur lira sur tous les supports tant qu’il y trouvera son plaisir !

Cela fait quoi au juste, une bêta-lectrice ? Travaillez-vous les uns avec les autres ? Lisez-vous tous les ouvrages ? Échangez-vous sur vos lectures ? Comment se font les choix ou les refus d’ouvrages ?

Emmanuelle : Une bêta-lectrice, ça sélectionne un roman (sur résumé, genre et nombre de mots) dans l’espace bêta-lecteur réservé. Ensuite, elle lit le texte de façon très très attentive et note en mode « révision » tout ce qui est « faux » : coquilles, problèmes de temps, orthographe,…. Et ensuite elle renvoie tout (en temps et en heure) à la chef qui fait, je suppose, le tri ! On ne se concerte pas chacun fait son travail à son rythme.

Parviens-tu à rester neutre, et à prendre le recul nécessaire, même si le type d’ouvrage ne correspond pas à tes goûts ? Et dans ce cas, que privilégies-tu ? Le fond ? La forme ?

Emmanuelle : J’essaye d’être le plus neutre possible même si, soyons honnêtes, la lecture est subjective comme la peinture, et tous les autres arts ! Je ne privilégie pas l’un ou l’autre, j’ai tendance à d’abord prendre le texte dans sa globalité : il faut que l’auteur me fasse vibrer dans un roman, réfléchir dans un essai, et qu’il arrive à me faire ressentir quelque chose en poésie…. Après je vais plus dans le détail et je distingue fond et forme. Mais mon moteur principal, c’est bel et bien l’émotion !

Aujourd’hui, tu es Professeure de lettres. C’est une vocation logique ou cela tient-il du hasard ?

Emmanuelle : C’est une vocation, j’ai toujours voulu être maitresse puis professeur de français en collège. J’ai eu un doute et j’ai testé en stage d’être institutrice et ce n’est pas pour moi (trop de sciences 😀 ) ! Attention j’aime les maths mais faire des volcans, ce n’est pas mon truc 😀 … Je suis très fière de m’être battue pour arriver là où je suis !

Tu sembles très active pour inoculer à tes élèves le goût de la lecture. Comment t’y prends-tu ?

relectureEmmanuelle : La lecture pour moi doit être synonyme de plaisir. Malheureusement les programmes ne font plus la part belle à la lecture récréative, et c’est bien dommage ! Alors j’essaye de donner envie aux élèves de connaître la suite, je joue le suspense… Je peux te donner deux exemples : je découpe La parure de Maupassant en dix parties et ça rend les élèves dingues, ils hurlent au sadisme mais ils sont toujours contents de revenir ! Et mon moment préféré c’est quand je lis le premier passage du Horla dans lequel le narrateur se sent suivi, les élèves frissonnent, me regardent apeurés et quand je m’arrête ils me disent « Ah non m’dame ça c’est vraiment pas cool », et j’ai juste à ajouter qu’ils ont le livre avec un petit sourire ! Pour finir, je lis beaucoup de littérature de jeunesse pour pouvoir les guider, parler avec eux entre deux cours, en gros pour leur montrer que même lire des mangas, c’est déjà lire !

Rencontres-tu un vrai handicap de la lecture, et donc de l’écriture, chez tes élèves ?

Emmanuelle : Clairement ! Pour eux, lecture signifie souvent torture et je ne parle même pas de l’écriture ! C’est dommage, car certains ont du potentiel mais ils sont fermés vis-à-vis de tout ça ! Alors je les pousse dans leur retranchement et fais ce que je peux.

Quel est le rôle, voire l’objectif du blog que tu as créé avec tes élèves ?

Le blog des élèves du collège Pierre AdtEmmanuelle : L’objectif, le rôle de ce blog, c’est de faire découvrir la lecture plaisir aux élèves tout en leur apprenant à parler des livres, à cibler leurs goûts, mais également à se servir d’internet ! Contrairement à ce qu’on pense, tous les élèves ne sont pas tombés dedans et c’est important dans notre génération de savoir un minimum de choses sur ce qu’on appelle les TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) !

Je crois que tu as rencontré des difficultés à le monter au départ, non ? Où en es-tu aujourd’hui ? Es-tu satisfaite des résultats ? Les échos auprès des parents, des autres élèves, du corps enseignant, sont-ils satisfaisants ?

Emmanuelle : Difficultés est peut-être exagéré. Disons que comme c’est très novateur, ça m’a demandé beaucoup de travail et une force de persuasion assez importante étant une jeune prof débarquée dans un collège classé Rep + (Réseau d’Éducation Prioritaire + )… Alors oui, je suis très satisfaite, tout d’abord le projet est reconduit, les élèves sont épanouis et progressent énormément. Ensuite, notre, chef nous a fait créer un projet physique et virtuel pour nous faire connaitre au niveau académique et, pourquoi pas, national. Donc je vous invite à venir début mai voter pour la semaine « Coups de cœur des lecteurs 2015 » :-p (O y sera !)

Tu as également un blog personnel, dans lequel tu mets tes propres avis et critiques sur tes lectures. Depuis quand éprouves-tu ce besoin d’aller plus loin ?

Emmanuelle : Tout a commencé il y a quatre ans maintenant, quand le seul truc qui me tenait la tête hors de l’eau était la lecture ! Et puis même si ma mère lit, on ne lit pas la même chose et j’ai très peu de personnes lectrices autour de moi. J’ai alors eu ce besoin de trouver des gens avec qui partager et j’ai commencé ce blog à la base de travail puis de lecture en général, associé à sa page Facebook.

Est-ce difficile de critiquer un livre que tu n’as pas du tout aimé ? Comment t’y prends-tu ? Fais-tu l’impasse ou assumes-tu ?

Emmanuelle : Oui c’est difficile, mais j’assume dans tous les cas ! La lecture est subjective, on neBlog littérature et français peut pas tout aimer. Après il y a critique et critique : dire que c’est nul n’apporte rien. Expliquer ce qui n’a pas plu est bien différent, même si je comprends que pour l’auteur, le mal est fait….

As-tu une activité d’écriture cachée, en devenir, voire officielle ? Si oui, de quel type ? Si non, pourquoi ? Pas envie ? Pas d’idées ?

Emmanuelle : Un concours de nouvelles et de poésie gagné dans mes jeunes années, beaucoup d’écrits dans les tiroirs qui n’en sortiront surement jamais car je suis une très grande (grosse) lectrice et que je suis énormément influencée par ce que je lis… Du coup, rien d’original. Mais qui sait ? À force de côtoyer des auteurs, peut-être que je vais m’y mettre sérieusement ! Après sur Amazon, tu trouveras un recueil de chroniques et des recueils de fiches de lectures….

As-tu le temps d’avoir d’autres passions ? Saut à l’élastique ? Collection de boîtes à camembert ?

Emmanuelle : Il y a quelques années, je collectionnais les clowns (sous toutes les formes) mais je les ai lâchement abandonnés chez mes parents 😀 ! Non, ma seule autre « passion » si on peut dire, c’est le cinéma. Nous y allons quasiment toutes les semaines avec mon homme, et j’adore ça !

Merci à toi !

Mais de rien !

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6 réflexions sur “Interview d’Emmanuelle Gerber, Bêta-lectrice & Professeur de Lettres

  1. Ah, je suis ravie de lire cette interview qui me fait connaître un peu mieux Emmanuelle et son activité de B lectrice chez EHJ. Je suis contente aussi qu’elle leur fasse des compliments. Ce qu’elle dit sur cette maison d’édition, je le ressens aussi. Donc, c’est tout bon…

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  2. Couineuse ? pas sûre ! Sensible : sans doute. Touchante : absolument ! Bravo pour vos questions pertinentes Agnès et merci Emmanuelle pour votre sincérité.

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  3. Oui ça m’amuse !!
    Amy : répondre sans sincérité ne servirait à rien !
    Manou : Effectivement j’aime beaucoup EHJ et j’en parle sans arrêt
    Agnès : le jour où je n’y croirai plus je changerai de voie…

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