Mes personnages…

Les personnages de fiction… Que celui qui n’a jamais été subjugué par l’un d’entre eux lève le doigt. Vous savez ? Cette sensation bizarre, en refermant un livre ou après le visionnage d’un film, que oui, décidément, cet homme ou cette femme possède juste ce que vous aimeriez avoir, est exactement l’archétype de ce que vous rêveriez de devenir…

La projection en grandes largeurs, dirait Tonton Sigmund.Sigmund Freud

Oui, évidemment, cela ne dure que peu de temps, celui que l’on s’autorise à prendre avant d’être de nouveau happé par la vraie vie, avec les vraies gens.

Alors, faites un effort d’imagination, et mettez-vous à la place de l’auteur. Pour vous, un livre ou un film n’a de réelle existence que parce que vous êtes en train de le lire ou de le regarder. D’où l’envie de relire et de revoir, pour se replonger dans l’ambiance, avoir cette sensation qu’on devient le complice du héros ou de l’héroïne parce que l’on connaît déjà l’intrigue, que peut-être celle-ci va quand même changer, ou au contraire se repaître de la sensation d’être un peu soi-même l’auteur puisque l’on connaît la fin du récit.

Et bien voyez-vous, quand on écrit, c’est très différent.

En général, tout part de l’idée du récit. Quelques vagues pensées qui vont et viennent, au gré des instants de détente, ou parce que la réalité fait écho à ce que l’on a déjà un peu brodé. On se dit alors qu’il y a matière à creuser, qu’on tient quelque chose de bon. Et on creuse. C’est bien là le « problème ». Bon ou mauvais, un auteur est tout le temps en train de creuser. Il a sa pelle virtuelle à la main, et il creuse, comme les Shadocks pompaient, sans relâche. À partir du moment où il prend conscience que l’imaginaire peut être retranscrit, l’auteur est pris dans un monde parallèle, dont même ses proches ne peuvent avoir conscience, ce qui est sans doute préférable pour tout le monde.

the hoursJe me souviens de cette scène dans The Hours, film que j’ai adoré et revu plusieurs fois pour bien m’en délecter. Une scène montre Virginia Woolf en train de prendre le thé avec sa sœur et les enfants de celle-ci. Ses lèvres bougent malgré elle, sans qu’aucun son ne sorte. Cela fait pouffer les enfants qui la croient un peu folle. La sœur Vanessa s’en rend compte, et a cette phrase très jolie, je cite grossièrement de mémoire « Votre tante a beaucoup de chance, elle a deux vies, la vie réelle qu’elle mène et la vie des livres qu’elle est en train d’écrire ». Chaque auteur, à sa petite échelle, sait que tout interlocuteur croisé, parole échangée, situation rencontrée, peuvent devenir éléments du scénario qu’il est en train de concocter.

Allons, allons, n’exagérons rien, êtes-vous tenté de me répondre. Vous connaissez ça par cœur puisque vous fantasmez, du moins je vous le souhaite. Sauf que dans le fantasme, vous êtes la plupart du temps vous-même un des acteurs. Dans la fiction, l’auteur est TOUS les protagonistes. Et c’est justement ça qui est passionnant.

Bien sûr, chaque auteur est différent et a sa propre méthode de travail. Certains sont très organisés et construisent la trame avant de se mettre à vraiment rédiger. D’autres, auxquels j’appartiens, sont beaucoup plus « brouillons », intuitifs, progressent par à-coups, en tâtonnant, avec de brutales impulsions. Soudain tout leur apparaît évident, avant que ne surviennent bien évidemment des périodes de disette profonde. Je ne veux pas dire que les premiers n’ont jamais aucun doute, mais au moins ils ont leur canevas qui leur sert de boussole, à laquelle se référer lorsqu’ils décident de le bousculer en changeant de route.

J’ai essayé de suivre cette méthode, agacée et fatiguée de l’alternance des cycles de forte inspiration puis de vide absolu, durant lesquels plus rien ne semble fonctionner, où le travail effectué paraît bien maigre et où l’envie de le détruire se fait plus aigu.

Ne jamais rien jeter de ce que l’on écrit, c’est une de mes règles, et je n’y déroge pas

cocteau maraisJe crois que c’est Jean Marais qui racontait que Cocteau construisait son livre dans sa tête avant de le recracher comme une femme accoucherait d’un enfant, en une seule fois, sans relire ni corriger, dans une sorte de fièvre créatrice où nul ne peut plus intervenir, même pas l’auteur.

Bon, ceci dit, je ne suis pas Cocteau…

En revanche, j’ai envie au gré de quelques articles vous parler de « mes » personnages, réels ou pas puisque j’ai tâté des deux options. En effet, évoquer un personnage célèbre, se glisser dans sa tête et sa vie, sans pour autant être historienne, n’a rien à voir avec le personnage de fiction, tout droit sorti de votre imagination, dont on croit pouvoir tout faire. Et réels ou imaginaires, « mes » personnages me reviennent, demandent à être approfondis, bref, à continuer à vivre !

Car là aussi, il ne faut pas être dupe. Est-ce le personnage qui appartient à son auteur, ou bien le contraire ? 🙂

 

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